*extrait de mon second mémoire : Elodie R., (2015), « La téléréalité : un mélange de genres télévisuels », extrait sur https://elodier23.wordpress.com/2015/10/05/telerealite-melange-de-genres-televisuels/

I. Le genre téléréalité : fruit de l’évolution de la télévision et de la société
II. La téléréalité : Entre fiction et jeu
III. La téléréalité : Jackpot pour les chaînes
IV. Les Z’amours : une passerelle entre le jeu et la téléréalité
V. Les candidats de téléréalité : à la recherche de la reconnaissance…
VI …et sujets à la moquerie

Qu’est-ce que la téléréalité ? Comment s’est-elle faite une place prépondérante dans le paysage audiovisuel français ?

Je vais tout d’abord situer la téléréalité dans son environnement sociétal afin de comprendre pourquoi la télévision tend vers une programmation qui laisse place au voyeurisme. Puis je vais approfondir mon écrit en analysant ce qu’est la téléréalité et comment elle se différencie des jeux télévisés. Pour cela, je vais m’appuyer sur l’émission les Z’amours pour laquelle j’ai travaillé. Enfin, je vais me concentrer sur la place du candidat dans une téléréalité et montrer que le téléspectateur arrive à s’attacher à lui sans pour autant l’apprécier.

extrait :

Le précurseur de ce que l’on appelle aujourd’hui la téléréalité est Psy show diffusée dès 1983 sur Antenne 2. Cette émission, qualifiée de reality show, met en scène des couples qui viennent exposer leurs problèmes intimes sous l’œil des caméras, et, d’après Gabriel Thoveron elle « nous habitue à l’exhibition des scènes de la vie conjugale ». C’est à partir de cette époque que les productions ont commencé à vouloir s’immiscer dans l’intimité des gens afin de refléter davantage la société. Ainsi, les émissions de plateau comme Ça se discute, Ciel mon mardi !, C’est mon choix ou encore Combien ça coûte ? ont envahi les programmes télévisés et ont permis aux individus de pouvoir s’exprimer à la télévision sans pour autant que ce soit des experts. Cette tendance se voit également dans les jeux télévisés où des personnes lambdas sont mises sous le feu des projecteurs.
Ainsi avec cette évolution sociétale, on demande pour la première fois l’avis aux spectateurs que ce soit par le témoignage, par le vote ou les jeux concours téléphoniques.

Avant l’arrivée de la téléréalité, le genre des émissions était bien distinct, il n’y avait pas de confusions entre « culture et divertissement, sphère publique et sphère privée ». Aujourd’hui les thématiques se mêlent : même l’information doit comporter sa part de divertissement et devenir de l’infotainment. Les meilleurs exemples que nous avons sont le Grand Journal sur Canal + qui se veut plus divertissant que réellement informatif ou encore On n’est pas couché sur France 2.

De nos jours les programmes se construisent autour des individus qui deviennent les éléments centraux d’une émission. Ils exposent des personnes sans culture et sans talent qui ne sont là que pour distraire le téléspectateur. Selon François Jost, cette télévision accentue deux types de perversion  : l’exhibitionnisme du candidat de téléréalité, qui est le sujet filmé, et le voyeurisme du téléspectateur qui aime regarder les candidats dans leur vie quotidienne, voir avec qui s’entend bien untel ou avec qui untel est en conflit, etc. La télévision tente tout pour divertir le téléspectateur : par exemple en tournant aussitôt les caméras sur les candidats lorsque l’un d’entre eux se dénude. Dans la téléréalité Dilemme en 2010 sur W9, le divertissement a fait place au « trash » et a réveillé le CSA. Dans cette émission « décomplexée », les candidats, qui assument entrer dans le jeu seulement pour l’argent et la notoriété, acceptent des missions ridicules voire humiliantes. Certaines candidates ont dû se raser les cheveux ou se rouler dans le purin pour 500 euros. Les filles sont constamment en train de se promener en string, les douches sont collectives et les scènes de sexe sous la couette sont récurrentes. Cependant, là où le CSA a sorti les griffes c’est lorsque l’une des candidates, Ophélie, a accepté d’être tenue en laisse et de manger dans une gamelle pour chien pour la somme de 3000 euros. Pour le CSA, la candidate a fait l’objet « d’un traitement avilissant et dégradant (…) qui conduisait à rabaisser un être humain au rang d’animal et portait atteinte, par son objet même, au respect de la dignité humaine ». Le CSA a également demandé à la chaîne d’apposer une signalétique interdit aux moins de 10 ans lorsque cela était nécessaire.

Les productions ont bien compris que les téléspectateurs voulaient du « croustillant ». Les gens sont sadiques et pervers, ils veulent voir du « trash » (sexe, violence, sang). Les téléspectateurs veulent tout savoir de leurs candidats favoris mais veulent surtout tout voir.

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Ainsi on constate que le genre téléréalité, arrivé dans les années 2000 avec Loft Story, a ouvert des portes à différents programmes toujours plus personnels et privés. Cependant, qu’appelle-t-on « téléréalité » et quels genres d’émissions englobe ce terme ?

La téléréalité : Entre fiction et jeu

Une téléréalité au sens strict se base sur un principe d’enfermement et d’élimination et sur une prise d’images quasiment continue. Ainsi les téléréalités d’enfermement telles que Loft Story, Secret Story, Dilemme ou Star Academy, ont en commun un même dispositif : les candidats sont enfermés dans un lieu clos pendant plusieurs mois et filmés 24/24h. Leur quotidien est ensuite diffusé sur une chaîne télévisée tous les jours et résumé lors d’un Prime-time hebdomadaire. Pour le sociologue Alfred Willener, ces émissions sont de « petits aquariums où l’on interne des petits poissons dont nous allons pouvoir observer les meurs ». Dans ces lieux, les candidats sont coupés du monde, ils n’ont ni accès à l’information ni à la culture, Gabriel Thoveron va même jusqu’à dire qu’ils sont prisonniers.
Au sens large, le terme téléréalité comprend « toutes les émissions qui placent des personnes anonymes ou des faits du quotidien dans des situations artificielles créées pour l’émission dans le but d’observer la réaction des participants pour susciter l’émotion « participative » du téléspectateur. » On y trouve toutes les émissions hebdomadaires telles que Koh Lanta et L’amour est dans le pré et les quotidiennes (les plus courantes) comme Les Anges de la téléréalité, les Chtis, Les Marseillais, Les Princes de l’amour, etc. Les téléspectateurs regardent ces téléréalités comme s’ils allaient visionner une série télévisée avec comme acteurs, des anonymes consentants. On peut comparer une téléréalité à une fiction dans le sens ou même l’émission est scénarisée. En effet, bien que beaucoup affirment qu’elles ne le sont pas mais qu’elles reposent cependant sur des « stimuli », les téléréalités sont préalablement scénarisées puis montées en postproduction. Les émissions enregistrées sont en effet mises en scène par le montage. Comme le dit François Jost, «  la réalité est réduite à ce qui est observable » c’est-à-dire qu’on nous montre seulement ce qu’on veut nous montrer. Par exemple, il est très simple de nous faire croire qu’un des couples a été infidèle dans l’île de la tentation ou que le Bachelor ait eu des relations sexuelles avec plusieurs jeunes femmes. D’ailleurs, certains candidats se sont plaints car leur personnalité n’était pas préservée à cause des montages : ils se disent être passés « pour des cons ». Ainsi en montrant que chaque téléréalité est scénarisée et donc que la réalité est modifiée, le téléspectateur serait par conséquent manipulé par une « fausse promesse d’authenticité ». Mais est-ce qu’autant de monde regarderait les téléréalités si rien n’était prévu ? Est-ce qu’on s’intéresserait aux individus s’ils ne faisaient rien de leur journée ? Je ne pense pas. Qui plus est, tout est fait pour rendre le téléspectateur « addict » et l’inciter à consommer le programme comme une sitcom.

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La téléréalité ne s’arrête pas là puisqu’elle comporte les émissions dites de télé-coaching qui deviennent la nouvelle tendance des chaînes télévisées dans les années 2000. Ce type de programme, diffusé toutes les semaines voire tous les mois, consiste à ce que de vrais coachs professionnels aident des personnes lambdas que ce soit pour faire le ménage (C’est du propre), se sentir mieux dans sa peau (Belle toute nue, Nouveau look pour une nouvelle vie), à l’éducation des enfants (Pascal le grand frère, Super Nanny, le pensionnat de Chavagnes) ou encore à la décoration d’intérieur (D&CO). Dans ce cas de téléréalité, il n’y a pas de compétition donc pas de gagnant.
Enfin, la majorité des téléréalités sont basées sur le modèle des jeux télévisées puisqu’elles ont la même finalité : il s’agit d’une compétition qui ne récompense qu’un seul gagnant (souvent d’une grosse somme d’argent). Elles mettent en avant le talents des candidats (concours musicaux, beauté, cuisine, etc.). Nous avons affaire à des téléréalités hebdomadaires qui ne relèvent pas de la téléréalité d’enfermement. Cependant, il y a le côté compétitif. En effet le concept de toutes ces émissions sont quasiment le même : les compétiteurs sont évalués par un jury composé de professionnels et le téléspectateur a la possibilité de voter pour élire le candidat qu’il souhaite voir éliminé ou non. Depuis l’arrivée de la Star Academy en 2001, les sociétés de production ont compris que mettre en scène des passionnés intéressait énormément le public. C’est pourquoi la télévision voit fleurir toutes sortes de téléréalités de compétition qui touchent tous les domaines possibles et imaginables : la musique (Nouvelle Star, Popstars, The Voice), la danse (Danse avec les stars), la cuisine (Top Chef, Master Chef), l’aventure (Koh Lanta, Pékin express, Première compagnie), la mode (Top Model, Génération Mannequin), le monde du spectacle (The Best, La France a un Incroyable Talent) ou encore le patinage (Ice Show). La grande mode en ce moment ce sont les émissions de séduction qui ont pour finalité l’amour et non l’argent comme on a pu le voir précédemment, dans le même genre que les jeux télévisés Tourner manège ou plus récemment Séduis moi si tu peux. Ces téléréalités envahissent le petit écran : Le Bachelor, Opération Séduction, Greg le millionnaire, l’Amour est dans le Pré ou encore Qui Veut Épouser Mon Fils, Les Princes de l’amour, La Belle et ses princes, L’amour est aveugle, etc.. Pour François Jost « Ces émissions fonctionnent principalement sur l’amour qui rend heureux ».

Les Z’amours : une passerelle entre le jeu et la téléréalité

Les_Z'amours_(logo)En 1990, France 2 programme le jeu télévisé Les Z’amours, jeu qui défie plusieurs couples dans le but de gagner un voyage. C’est le seul jeu de France Télévision qui peut être considéré comme une passerelle vers la téléréalité étant donné son côté intimiste. En effet, les candidats, qui contrairement aux autres téléréalités n’ont qu’un passage éclair à la télévision, racontent des anecdotes sur leur vie privée (que ce soit leur vie professionnelle ou sexuelle). Les candidats sont d’ailleurs choisis pour leur capacité à raconter leur vie. Dans les jeux, le casting est la clef de voûte ; Même si un animateur star possède un capital sympathie extraordinaire, il ne peut rien faire sans de bons candidats. Ces derniers ont un profil particulier : dans n’importe quel jeu ou téléréalité, les candidats ne sont pas choisis pour leurs cultures générales mais pour leur personnalité (sauf pour Questions pour un Champion, Des Chiffres et des lettres et Mot de passe où il y a un pré casting au téléphone).

Bien que Les Z’amours se rapproche de la téléréalité, on ne le considère pas comme tel car ses participants ne sont pas rémunérés comme peuvent l’être les candidats de téléréalité, ils n’ont le droit qu’à certains défraiements (transport, logement, etc) tout simplement parce qu’on ne les suit pas dans leur quotidien. Mais alors, pourquoi et comment devient-t-on candidats de téléréalité ?

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